Roc mystère N°15.

Cliché R.Bel.

Un large socle, 2 ou 3 rocs posés dessus, un classique du Sidobre, tellement classique qu’on peut se demander quels sont ces blocs?

Le roc de gauche peut être tremblant,  semble massif et être placé loin derrière ou alors il tout simplement au bord du socle et vu les jeunes taillis  il est très modeste.
Le bloc massif à droite est une énigme, l’ombre en arrière plan à droite appartient peut être à un autre bloc à demi masqué (jumeau fantôme?)…
Le jour qui s’insinue sous le bloc de droite laisse imaginer 2 ou 3 points de contacts: alors bipode ou tripode?
Ce bloc de droite aurait alors la forme vague d’une selle de vélo.
De nombreuses  masses granitiques posées sur de hauts piédestals semblent avoir été érigées  là comme des monuments mégalithiques.
Rocs branlants souvent uniques, parfois  par deux (jumeaux)  et même par trois (triplés) quelque fois d’autres simulent des constellations de 5 monuments rapprochés nommés quadruplés ou quintuplés. Ces derniers sont en majorité dizygotes c à d faux jumeaux.
Malgré un grand nombre de  clichés anciens de ces monuments naturels, je ne trouve aucune ressemblances entre cette photo et certains clichés des rocs Jumeaux Vallat ou autres.
Roger Bel a vu ces rocs, et les a immortalisés sur la pellicule, il aimait particulièrement le secteur d’Aiguebelle, peut être est-ce là qu’il faut chercher?
La grande famille granitique gémellaire a beaucoup souffert et certains ont été rayés des listes des rocs classés ou inscrit à l’inventaire du Sidobre.
Jumeaux du Lac, Jumeaux Bienvenu (1997), Jumeaux Vallat (1992), et un des Quintuplés de Lascombes.
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Roc mystère n°14.

De nombreux rocs nommés « capel »* évoquent toutes sortes de couvre-chefs oubliés un peu partout en Sidobre.

Du chapeau du curé en passant par celui du gendarme, des tricornes aux bérets, nous trouvons aussi un bonnet phrygien*…

Le roc pris par Georges Terrail vers 1960.

Ou plutôt nous ne trouvons plus. En effet, ce bonnet là figurait dans les guides de Denis et Colrat* mais de nombreuses reconnaissances sur le site nous ont laissés bredouille.

Le site? il figure sur les cartes des anciens guides*de Denis, situé près du ruisseau de Rieu-Maud (Rieu-Maur sect. Carauce).

Quand on découvre ce site aujourd’hui on peine à croire que le bonnet ne se soit pas « envolé », tout n’est que taillis couvrant difficilement les stigmates de l’exploitation granitière des années 70 à 2000.

An 2.000, secteur du Bonnet Phrygien et de la Yole Colrat.

Se peut-il que dans ces taillis demeure encore le Phrygien? qui sait? seuls le plus courageux d’entre vous ayant une âme de sanglier  pourront affronter les ronces…

Ma dernière visite du secteur remonte à l’an 2000 et, point de bonnet! par contre non loin du ruisseau rive droite, j’ai retrouvé le roc « yole Colrat » dont la forme élancée ne laissait aucun doute. Posée sur une grande aire granitique, la yole était échouée comme l’arche de Noé du Mont Arrarat. 

La Yole Colrat en l'an 2000.

Un Bonet Phrygien trouvé par Mr Gâches.

Sur le web, un jour en tapant le mot « phrygien » je suis tombé sur un roc du Sidobre photographié par Bernard Gâches un artiste de Rocquecourbe.

 Alors, il existe bel et bien un autre bonnet dans les forêts du Sidobre, mais, là aussi, point de coordonnées géograpiques.

Deux mystères à élucider avant que ce dernier disparaisse à son tour.

*Bonnet Phrygien : chez les grecs et les romains, ce bonnet était celui des esclaves affranchis, d’où le symbole de liberté qu’il représente (1789).

 *Capel: chapeau en occitan.

*Denis André : auteur d’un guide épuisé aujourd’hui mais disponible en Bibliothèque ou sur le blog : Sidobre Terre de Légende d’Emmanuel Huc.

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Lacrouzette: Pioch du Vicaire la Balme de l’Allumétaïré.

  • Dans mon article précédent, je vous entretenais de la recherche du roc mystère n°1: le Roc Tremblant du Pioch* du Bicari (1804).

La probabilité de sa destruction étant quasiment certaine, je pensais avoir quand même trouvé ses deux points d’appuis sur le sommet ouest de la colline du Vicaire (Bicari en 1598).

La colline est défigurée par une  ligne haute tension et un batiment industriel au bord de la D30, une carrière en cours de comblement et des éclats et des blocs de granit gisent un peu partout.

Pourtant, le versant sud comporte encore une curiosité extraordinaire: la fameuse balme de l’Allumétaïré.

 Cette balme est une véritable rescapée des destructions opérées par les peyraïrès (tailleurs de pierre).  Son salut n’est probablement du qu’à son utilité d’abri naturel bien pratique en ce lieu isolé. 

Cette balme a fait l’objet en 1990, de ma première sortie en Sidobre avec en main le livre guide d’André Denis*.

Guide de denis.

 Un croquis illustrait la page consacrée à l’Allumétaïré. Ce dessin me poursuivait jusque dans  mes rêves, cette entrée sombre, ce mur en pierre, ce roc sommital et son aspect comme sorti droit du néolithique.

 Le plan pour y accéder paraissait si simple… mais les points cardinaux n’étant pas indiqués je me perdis petit à petit, totalement désorienté.

Ce n’est qu’après maintes et maintes recherches que je finissais par demander à un habitant tout proche de me l’indiquer. Au début il m’a dit ne pas la connaître, puis voyant que je m’acharnais les jours suivants, il finit par me dire : « je vais vous y amener, vous comprenez, des enfants y ont fait un feu et les feuilles sèches qui couvraient le sol se sont enflammées, maintenant on a eu peur des incendies ». Il m’amena vers la balme et, effectivement,  bien  masquée par la foret et invisible depuis la piste elle ne se dévoilà que dans les derniers mètres.

La balme sous l'angle du dessin de Joseph Paul.

Gael et la balme.

La balme.

 Cette balme au cours des siècles a eu plusieurs dénominations:

-Roc dal Capel* (1598), son roc tremblant élégamment posé au sommet du « toit » de la balme lui a valu sans doute son nom de roc coiffé.

– Balme dal buou (boeuf), elle a probablement servi de boual (étable), mais j’aime penser que l’allure de corne de son roc sommital vu de l’ouest a suggéré ce nom. 

– balme dal satyre, selon la légende de la bergère abusée qui se vengea en castrant le satyre. 

– balme de l’allumetaïré: lire l’histoire vraie du fabriquant d’allumettes dans le guide D’andré Denis.Roger Bel m’avait dit que la fille de l’allumetaïré (d’origine gitane) travaillait au Café du Pacha à Castres et qu’elle était d’une grande beauté.A l’époque les allumettes étaient parfois fabriquées en fraude et bien sûr loin des habitations à cause des risques d’incendies (phosphore).

-Chalet du Club Alpin Français (1900), refuge des membres du Club Alpin à l’époque de Raymond Nauzières. 

L’artiste castrais Joseph Paul* a immortalisé cet ensemble dans deux dessins à l’encre de Chine, un la représente vue du sud, l’autre, de l’ouest.

Cette balme est fermée par un mur de pierres sèches et, à droite de l’entrée, on peut voir que le granit a été creusé à la base par le feu, comme une pierre à foyer

Le « plafond » régulier est à plus de deux mètres et offre un confort rare pour une balme: il reste parfaitement sec. 

Mon enfant Gael (5 ans) dans la balme.

Face à l’entrée, la paroi verticale de  granit clair est décorée en son centre d’ un magnifique exolite* sombre ayant la forme évocatrice d’un menhir.

Gael et mes amis du Sidobre devant l'exolite.

Un roc  oblong et légèrement courbé est posé en équilibre sur le toit de la balme, il est creusé sur son flanc à l’est, d’une cuvette en forme de siège. 

Si on s’installe sur ce fauteuil naturel, on sent le roc vibrer, on se rend compte alors qu’il s’agit d’un roc tremblant de la plus belle facture.

Plus surprenant encore, on constate que l’énorme masse supportant le roc branlant vibre aussi, effectivement elle est complètement en porte à faux à quelques cm au-dessus du mur.

De l’arête sommitale du roc tremblant, de nombreuses cannelures* suivent le sens de la pus forte pente. D’autres micro-formes typiques du granit décorent l’ensemble: un filon de Pegmatite (cordaïré)* court le long de la pente, de profondes failles (diaclases) filent puis vire à angle droit et, des « crapauds »* sont posé en reliefs en guise de gargouilles.

Cannelures du RT.

RT balme de l'Allumétairé.

Gael devant les cannelures et à gauche le siège du roc tremblant.

Une mousse épaisse couvre le toit comme pourrait l’être celui d’ une chaumière.

A l’est du socle de la balme, quatre petites entailles (bésals) caractéristiques du travail à la pique par les tailleurs de pierres, suivent l’orientation est-ouest du filon.

Elles étaient destinées à fixer les coins d’acier (cugnères) pour fendre la roche.

Diaclases de la balme.

Autre curiosité, entre la piste d’accès et la balme, un roc évoque furieusement la tête d’un tricératops, une lame de granit en guise de collerette et un exolite pour l’ oeil protubérant… plus haut,un bosquet de chênes masquent l’entrée d’une faille entre deux roches acollées. Si on s’engage dans ce couloir on débouche dans une salle à ciel ouvert et on se tient alors devant  un tafoni*loboïde creusé dans la paroi verticale. J’avais cru un moment qu’il s’agissait d’une cuvette renversée mais en y regardant de plus près, je n’imagine pas que cet énorme bloc ait basculé, le tafoni a du se creuser dans la position initiale de la masse.

Il est aussi possible qu’un exolite sphérique se soit détaché en laissant son empreinte, et que l’érosion ait lissé la niche abandonnée.

Le tafoni.

Le roc : Le Tricératop.

Face à la balme, un roc gigantesque a été coupé net à l’aide d’une seule baramine dont on distingue encore la trace au sommet.

Sous cette masse, quelques linteaux semblent avoir été taillés à l’abri de la pluie. Une remorque de bois améliorée de roues de voiture ainsi qu’ un vieux treuil achèvent leur lente décomposition.

Voici bien là un des sites du Sidobre des plus variés en termes de microformes du granit, en terme de légende et en terme de travail de la pierre résumant en un lieu unique tout l’univers du Sidobre.

 

 

*Pioch : (syn.Puech, puig, puy, pic, colline), sommet, hauteur en Occitan.

* Balme: de l’occitan Balma signifiant grotte, ici en Sidobre il s’agit plutôt d’abris sous roche d’origine naturelle et parfois aménagée par l’homme.Ces balmes se comptent par dizaines en Sidobre avec parmis les plus célèbres: la balme de Saint-Salvy et la balme de Saint Dominique.

* Capel: chapeau en Occitan, Roc du capel: roc coiffé. Plusieurs rocs ont le nom de Capel, le capel de Baptistou, le roc du capel du Verdier, le roc du capel du Pradel etc…

*Le Sidobre de Joseph Paul* ,livre édité par la Société Culturelle Castraise. épuisé. Voir Bibliothèques.

*Exolite: pierre étrangère, grumeau dans le granit,  souvent de couleur sombre, appelée« crapaud »* dans le pays.

*Tafoni: terme géologique qui définit une des micro-formes de l’altération du granit. Un trou issus de la dissolution d’une roche par hydrolyse et par l’alternance humidification déshydratation. La Corse et la Sardaigne sont particulièrement riches en tafonis notamment dans les granites.On trouve aussi de multiples petits tafonis sous la Peyro-Clabado. Dans les pays anglo-saxons on les nomment Allien Pods (empreintes d’extra-terrestre). 

*Cannelures: autre micro-forme d’érosion du granit, sorte de stries ondulées (similaires à une tôle ondulée) creusées par les précipitation météoriques et coulant dans le sens de la plus forte pente.

*Cordaïré, cordos, cordes en occitan, les filons par érosion différentielles avec leur support dessinent en relief de longues lignes en bosse simulant des cordes jettées sur le granit. Ces filons sont composés en majorité de méga-cristaux de feldspaths,et dans une moindre mesure de tourmaline interstitielles et de grenats.Ces filons sont issus de réactions chimiques hydro-thermales actives avant et pendant le solidus du magma granitique (-300 millions d’années).

*André Denis: voir le blog  http://sidobre-terre-de-legende.blog4ever.com/blog/lire-article-622141-3944714-pourquoi_ce_blog_et_qui_suis_je__.html

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Destruction des rocs du béret et de l’esclop de Bel.

En octobre 2010 je vous écrivais :

-« Effectivement,  la carrière est bien là, éclatante dans la lumière d’automne, le soleil réfléchit les blocs meurtris, marqués à la peinture bleu foncée, cubés, mesurés, prêt pour le départ.Depuis la route, je reconnais aisément un bloc photographié par Roger Bel en noir et blanc dans les années 50,  il évoque un béret penché posé sur le socle de plus de deux mètres de haut (on a oublié de vérifier s’il tremblait) , je propose de l’appeler  « le béret de Bel ».

Cliché R.Bel 1049, "le béret" aujourd'hui détruit.

Cliché Roger Bel 1949, "L'esclop" aujourd'hui détruite.

En arrière plan, je reconnais également un bloc curieux sur un socle imposant aussi immortalisé par R.Bel, sur la même pellicule, pour moi, encore un mystère éclairci dans mon dossier rocs inconnus.

Ce roc zoomorphe évoque la tête d’un animal au museau proéminent et strié de quelques rides.

On pourrait aussi y voir un sabot, ainsi je propose de le nommer: « l’esclop de Bel ».

Francis, de son œil expert, toise ce roc curieux, estime son équilibre et malgré trois cailloux coincés sous la masse, il tente de le mouvoir, d’abord avec un levier puis à l’épaule, rien n’y fait, une bonne partie du bloc est à plat sur le socle, nous constatons que la face sud est crènelée, signe évident d’un débitage ancien.

Le Béret et l’Esclop de R .Bel sont coincés entre la route  (D66-La Sigarié) et la zone déboisée, une bande de quelques mètres que l’on estime hors d’atteinte puisque les taillis permettent de protéger un peu des éclats de granits.

Nous n’avons pas cherché  « l’abri à cailloux » figurant sur la liste de J.L Carles dans cette zone destructible, petite balme couloir, naturelle ».

– 8 décembre 2011, je constate que ces trois curiosités géologiques ont été rayées de la carte des curiosités du Sidobre.

8 décembre 2011,sous cet angle on pouvait voir l'Esclop et le Béret de Bel...aujourd'hui détruits.

Donc, ils sont venus débusquer ces rochers jusqu’en bordure de route, mais qu’ont-ils bien pu retirer commercialement de si petits blocs de granits?

Le RT du Fau est donc bel et bien en danger, ainsi que le « casque retourné » de Carles. 

Leurs jours sont comptés, 2012 sera peut être aussi pour eux la fin du monde ;).

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Enquête sur le mystère N°1.Le Roc Tremblant du Pioch dal Bicari.

Pour la énième fois j’ai parcouru le Pioch du Vicaire à la recherche du Roc Tremblant du Bicari.

Dessiné précisément en 1804 par un promeneur, ce roc est demeuré un mystère jusqu’à ce jour.

Nauzières écrit que le Roc Tremblant de Lacrouzette a été détruit, peut être s’agissait-il de celui ci?

On peut voir sur le croquis les deux socles sur lesquels prend appui le volumineux bloc tremblant (7mx6mx3m)  creusé d’une vaste cuvette sommitale  (voir pointillés qui indiquent l’emplacement de celle ci en coupe).

Roc mystère n°1, le RT du Pioch dal Bicari.1804.

La note sur le dessin indique: -« A: vide à jour des deux rochers servants de points d’appuis » et l’on remarque que ces rocs socles mesurent selon l’annotation: 70 cm de haut. 

Je me rend sur le site attiré par la faveur d’une coupe à blanc récente de la foret du Vicaire. Depuis le sommet (ligne Haute Tension) jusqu’au ruisseau du Lignon au nord,  cette coupe offre maintenant une vision claire de ce que cachaient les taillis impénétrables. Peu de rocs apparaissent en surface mais, depuis le D30 (pont sur le Lignon), deux rocs accolés se remarquent aisément sur le Pioch au sud.

Je me suis donc dirigé vers ces rocs et, j’ai très vite, peut être trop vite? conclu qu’il s’agissait des deux socles de l’ex RT du Bicari.

Vous jugerez vous même cette hypothèse grâce aux images que j’ai faites ce jour là. J’aurais du prendre des photos de la face sud de ces blocs pour avoir une meilleure chance de trouver le bon point de vue (celui de dessin original). N’ayant  pas ce document avec moi c’est de mémoire que j’ai estimé le meilleur angle, en revoyant ces images aujourd’hui, je me dis qu’il faudrait revenir sur place et affronter les broussailles pour prendre la face sud-ouest des socles.

Candidats au titre de socles du RT du Bicari.

Autre indice renforçant ma conviction:  entre les deux blocs, des dalles débitées gisent au sol, se pourrait-il que ce soit les restes du Roc Tremblant ? j’espérai trouver des traces de la cuvette sommitale mais rien…

Vue en plan des débris entre les 2 socles.

En définitive, nous avons là les deux seuls rochers côtes à côte d’à peu près 70cm de haut qui auraient pu supporter le bloc de 7mx6mx3m.

 Les débris de granits semblent être des dalles assez volumineuses.

La position de l’ensemble laisse penser que ce roc se voyait de loin, depuis la D30 au pied du Pic des Fourches et, de Maurel au sud.

Le site des 2 socles depuis la D30 Le Lignon.

Il ne pouvait donc difficilement être ignoré des habitants de Lacrouzette dans ce Sidobre défriché d’antan et, et de plus aussi facile d’accès.

Vue vers l'ouest et le nord depuis le site.

Le ruisseau qui au sud et à l’ouest détermine la base du Pioch et se jette dans le Lignon à La resse se nomme ruisseau des Ixartials et rappelle par son toponyme les défricheurs du Moyen-Age (Issarteurs, Issart, défricheurs, lieu défriché).

Voici peut être un début d’hypothèse sur le site ayant hébergé le Roc Tremblant du Pioch dal Bicari dessiné en 1804.

Ce document est issus d’un carnet de notes disponible aux Archives Départementales du Tarn et mis au jour par Jean Bonnet.

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Photo mystère N° 13…

N°13

Souvent, j’ai cru retrouver ces deux blocs, notamment aux alentours du roc de l’enclume de Saint-Salvy, mais voilà après comparaison avec cette image: déception.

Ces deux rocs demeurent un mystère, mais comme il est le 13 ème il pourrait porter chance ?

Voici donc une plaque de verre des années 1890, un lourd appareil photographique et une longue pose ont dus être nécessaires pour cette image.

Les 3 personnages sont endimanchés, il pose comme devant un trophée de chasse, mais il s’agit plus probablement d’une promenade dominicale .

Adeptes de l’escalade, peut être ces deux personnes sont elles membres du Club Alpin Français ? (dont faisait déjà partie Raymond Nauzières), ils symbolisent la découverte de ce Sidobre encore méconnu.

Au début du 20ème siècle, les premières escalades de blocs se répandent en Europe.

En Angleterre, le terme bouldering apparaît et s’effectue sur des boulders (rocs nu et isolé de faible grandeur).

Un sport était né:  l’escalade de blocs et, se pratiquait déjà sur les blocs de grès de la foret de Fontainebleau.

Ce sport se pratique sans baudrier ni cordes et la seule protection consiste en la pose d’un Crash-pad (matelas au sol).

C’est un sport à part entière avec des règles précises et ses championnats du monde de blocs.

L’un d’entre vous m’a dit avoir vu des varapeurs à l’oeuvre au Roc de Lascombes en Sidobre ;).

Le blog : »Escalade à Ferrières » créé en 2009 donne une bonne idée du potentiel de Blocs en Sidobre:

http://ferrieresescalade.blog4ever.com/blog/contact-278512.html

Bon bouldering à tous.

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Photo mystère N°12.

photo mystère N° 12.
Photo mystère N° 12

Qui pourrait reconnaître ce rocher ? difficile non? moi en tous cas je ne me le remet pas.

Cette image est tirée de la collection de Roger Bel (un membre de l’Association des Amis du Sidobre des années 50).
Si on observe le peu de paysage à gauche de l’image on devine une lande et des pins sylvestre, sur le roc tombe une ronce, un murier probablement et, quelques lierres à droite.
Le bloc semble être un Roc Tremblant car il est posé sur une surface de granit plate et sa base semble arrondie.
Son flanc au soleil est en pente mais le « dos » semble plus rond.
Une forme somme toute assez banale en Sidobre, mais pourquoi Roger Bel l’a t’il immortalisé ? sans doute parce qu’il avait un nom ou alors est-ce une de ces découverte fortuite ?
Prospecteurs du Sidobre, si j’ai un conseil à vous donner, privilégiez les plans larges (quand c’est possible, grand angle indispensable à partir de 19mm) de manière à permettre de se repérer par rapport à l’horizon et à l’environnement.
Aujourd’hui les clichés ne coûtent pas cher, alors mitraillez!
Une piste ? peut-être faudrait-il ,comparer cette image avec celle du roc « Casse cailloux du Dézert »situé dans les environs du Champignons et de l’Oie. (voir le guide de Colrat et Denis Bibliothèque de Castres).
Bonne recherches à vous chers lecteurs.
J-P T. 
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Chapitre 6 et fin : Font* de l’Aigua béla.

Quelques semaines après avoir digéré l’Enfer du Roubi, me voici à nouveau sur l’Aiguebelle pour finir la reconnaissance  jusqu’à sa source.

Après avoir fait un détour pour passer de l’autre côté du talus tabulaire composé de rebuts de carrières, je marche un peu sur la D30 (Calmejane-Carauce) pour revenir au point de franchissement du ruisseau de l’Aiguebelle.

Je regarde sur le bas côté ouest de la route et découvre à peine masqué par des taillis le cours de l’Aiguebelle. Je m’engouffre dans ces taillis et descends vers l’aval, au bout de 25 mètres je me trouve au milieu d’un « amphithéatre »chaotique, le talus fait plus de dix mètres de haut, les blocs brisés sont à peine recouverts de mousse, leurs angles aigus et coupants menacent le grimpeur imprudent qui les entreprendrait.

Le spectacle est désolant, le ruisseau se fraie un chemin dans le bourbier sagneux et passe sous la « montagne » de débris sans même avoir été canalisé.

Comment a t’on pu accepter un tel terril sans passage pour le ruisseau ? mystère ?

Je tourne le dos à ce cul de sac et je me dirige vers l’est, vers la source de cette belle eau, je franchi à nouveau la D30 et pénètre sur les terres d’Aiguebelle.

Une croix de granit fichée sur un roc nu au milieu du pré,  donne un cachet  d’Armorique à ce coin de Sidobre. Notre ruisseau coule maintenant entre pré et foret, un petit étang maintenant à sec n’abreuveplus les vaches de la ferme toute proche.

Calvaire d'Aiguebelle D30.

Calvaire d'Aiguebelle D30.

La petite retenue est fermée de roches agencées, le ruisseau légèrement détourné l’alimentait, le calvaire et cette mare ainsi que le pré encore en état,  offre une idée de ce que pouvait être le Sidobre d’antan.

Mare d'Aiguebelle

Mare d'Aiguebelle

Je prospecte plus particulièrement la rive gauche enforestée, la cuvette formée par le vallon abrite une petite sagne* d’où émerge de nombreux rochers, trop éloignés que pour être définis comme rivière de rochers.

Plus on s’éloigne du ruisseau rive gauche moins on découvre de rochers, le « glacis »* d’argile rouge a protégé les dos de baleines encore  enfouis dans le sous sol.

Un petit canal*,bien alimenté, coule plus haut et  parallèle au ruisseau et doit aboutir au hameau de Calmejane.

Besal d'Aiguebelle

Besal d'Aiguebelle

Le chien du masage* d’Aiguebelle annonce déjà mon arrivée, Emilien S. sort sur son pas de porte, je vais le saluer, octogénaire et toujours souriant, on discute.

Il avait une quinzaine de vaches et du terrain jusqu’au Roubi plus bas. Il a loué ses terres aux carriers autrefois,  notamment la carrière aujourd’hui en eau appelée communément carrière d’Aiguebelle (réserve de pêche). Il se méfie encore un peu de moi, mais je ne désespère pas de le photographier un jour devant son Rocher Tremblant « apprivoisé » juste à côté de son fournil face à sa maison. Ce petit R-T* m’évoque un pâton qui aurait trop levé, le fournil est encore en état, ses pierres taillées de granit qui compose et l’argile ocre du crépi (fait à base d’argile rouge local).

Fournil d'Aiguebelle

Fournil d'Aiguebelle

Lorsque j’évoque le souvenir de Georges Terrail, chantre du Sidobre, je le désarme et ses paupières se  plissent pour un sourire bon enfant:- « vous connaissiez Georges ? » me dit-il enthousiaste, » il ne manquait jamais de venir me saluer lors des ses promenades ».

Non je n’ai pas connu Georges, mais ses écrits m’ont tellement imprégnés que je pourrai vous en parler comme si je l’avais toujours connu.

« Je reviendrais vous voir Emilien, revenez près de votre feu car à votre âge il ne faut pas prendre froid ».

Je poursuis ma reconnaissance du cours de l’Aiguebelle après avoir laissé sur ma droite des décombres de carrières où la coupe du terrain laisse apparaître le rouge argileux, je découvre les vastes prés de l’est, ceux qui ont pu être entretenus mécaniquement sans trop d’obstacles rocheux.

En effet, ici  le glacis* d’argile à gravier est très étendu et donc n’a pas permis aux boules de granit d’émerger en nombre.

Seuls quelques modestes blocs apparaissent dans le creux de la cuvette au sein d’une longue sagne, un couloir de molinies*jaune paille offrent un écrin à la jeune Aiguebelle.

Sagne de la source de l'Aiguebelle

Sagne de la source de l'Aiguebelle

La tourbière est piquetée de bouleaux la plupart jeunes mais trois d’entre eux ont un tronc imposant révélant leur grand âge, je passe à côté d’un tronc abattu que je crois être un pin sylvestre vu son diamètre de près de 70cm, en fait il s’agit d’un bouleau lui aussi.

Le ruisselet au son cristallin trace sa voie sous la « paille » de Molinie, la boue noire qui nappe le fond est effacée par le courant central et apparaît alors le gravillon lavé de sa gangue d’argile rouge.

Le pré est drainé par des besals*perpendiculaires à l’axe de la cuvette.

Je vais de mottes en mottes vers l’amont, le ciel est bleu en ces derniers jours de décembre, le temps est exceptionnellement doux pour la saison.

La D 622 Castres-Brassac véritable colonne vertébrale du Sidobre longe les prés au sud et le sifflement des pneus sur  l’asfalte contraste avec cette nature retrouvée. Un petit calvaire se trouve en bordure de route à l’entrée du chemin de terre menant au hameau d’Aiguebelle.

Calvaire D622, cote 572m La Trivalle.

Calvaire D622, cote 572m La Trivalle.

D622 Castres Brassac, La Trivalle et source de l'Aiguebelle.

D622 Castres-Brassac La Trivalle et source de l'Aiguebelle.

Source de l'Aiguebelle, cote 600 mètres.

Source de l'Aiguebelle cote 600 m

La vallée fertile de l’Aiguebelle touche à sa fin, une barrière de taillis impénétrables masquent une fange impraticable, heureusement je distingue maintenant au bout du pré la mare où naît le ruisseau, au-delà, rien ne se voit, c’est donc ici que naît la Belle Eau, une flaque d’à peine 4m sur 3m et de 30 cm de profondeur.

Je relève la tête, le soleil est à quelques degrés au-dessus de l’horizon, un soleil orangé, flamboyant, la foret se dessine en ombre chinoise, la nappe claire des molinies prend une teinte inhabituelle, j’y suis!  j’y suis à la font*de l’Aigua Bela.

Pour finir cette belle exploration, je me dirige vers le nord-ouest jusqu’au Roc Redoun, le dernier point géodésique naturel non détruit du secteur.

Le soleil du crépuscule l’éclaire d’une lumière étrange qui alliée à mes pensées nostalgiques me transporte en un temps lointain où les légendes fantastiques forçaient le respect. Les hommes d’antan ont respecté ce rocher où dit-on des rites sabbatiques avaient lieux, est-ce pour cela qu’encore aujourd’hui le Redoun est encore là?

Carrière d'Aiguebelle

Carrière d'Aiguebelle

Ou n’est-ce que le hasard des bornages de parcelles qui l’a sauvé du gouffre abyssal tout proche? où ont disparus les Rocs Tambours* le roc du Béret et d’autres rocs tremblants du plus bel effet .

Roc Redoun

Roc Redoun

Georges Terrail, Roger Bel, André Denis, Etienne Grillou, Raymond Nauzières, Colrat et tant d’autres sont venus méditer au pied de ce roc et leurs esprits hantent encore le site… Le soleil disparaît, la lumière s’éteint,  la Lune et Vénus brillent très haut, la roche est en phase avec le cosmos, 2012 s’annonce.

Bonne année à tous.

J-P Thonet.

Font: source en occitan.

*Glacis :d’Un glacis est une surface de terrain inclinée que l’on rencontre essentiellement dans les régions de    piémonts et en bas des buttes.

*Besal: petit canal  arrosage ou de drainage des prés, bief.

*Masage: hameau.

*RT Roc Tremblant. *Roc tambour : roc ayant la faculté de résonner lorsqu’on tambourine sur ses écailles en partie détachées.

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Document mystère N° 11 Légende ou réalité ?

Voici un document qui décrit un Roc Mystère qui sera notre n°11 :

Raymond Nauzières (précurseur de la re-découverte du Sidobre au début du 20 ème siècle) nous décrit ici un rocher qui est mis en mouvement par un arbre appuyé contre lui. Un arbre levier en quelque sorte qui transforme un rocher en phénomène géologique dans son premier guide du Sidobre paru en 1899.

Page 36 après une évocation de l’agglomération de roches faces à la ferme du Verdier-Haut  on peut lire ceci (document):

Le roc du Verdier a bien cette forme de prisme et a même été nommé « L’ostensoir », s’il s’agit de ce roc alors, effectivement, l’arbre n’existe plus et c’est un miracle s’il n’a pas bouté le roc hors de son petit socle de quelques dizaines de cm².

Imaginez ce bloc prismatique ayant des arêtes d’environ 4m de haut et de base et dont le profil est nettement plus réduit moins de 2m peut être (j’ajouterais les mesures exactes quand je les aurais prises moi même) se balançant au gré du vent.

Dessin de Nauzières 1933.

dessin de Nauzières 1933.

Un chanoine,  a même fait toute une thèse sur l’origine druidique de ce rocher et de celui du Mur de Calmejane* proche.

Ce mur naturel fait de rocs emboîtés naturellement à l’aspect ruiniforme a depuis longtemps excité les imaginations les plus débridées, le carrier qui l’a détruit en 1996 c’est posé beaucoup moins de questions.

dessin de Nauzieres 1933

dessin de Nauzières 1933

L’alliance du vent et des rochers est donc omni présente dans l’imaginaire sidobrien, cette montagne autrefois couverte de landes où courait sans obstacles autres que les rochers a inspiré les plus belles légendes du Sidobre  dont celle d’Autan et Autanette.

Dans la forêt de Campsoleil, le roc de Cannaut avait dit-on la faculté d’être mis en branle par le vent d’Autan, peut être lui aussi avait-il son arbre bouteur de roche mais les arbres ne sont pas éternels et la légende est restée. Le toponyme  « Aut » en aurait gardé la racine du mot Auto,  mais je préfère l’hypothèse du Champ-haut (Can-Aut)  plus probable et qui se retrouve un peu partout sur les cadastres.

Balme et Roc Tremblant de Cannaut, dessin de Joseph Paul 1916.Sté Cult. Castraise.

Balme et RT de Cannaut, Joseph Paul 1916 (tous droits réservé: Sté Cult. Castraise).

 Il est difficile d’imaginer aujourd’hui sous la couverture des arbres les champs d’autrefois et le travail des défricheurs d’antan.

D’autres toponymes tels que Roc Bramaïré se rapportent au vent ou du moins au bruit qu’il peut faire en sifflant dans les cavités naturelles des roches ou de l’écho qu’il peut porter contre les parois rocheuses. Un ancien de La Ferrière Basse me dit un jour au pied d’un roc ovoide dominant le hameau : « mon grand père écoutait chanter la pierre, il savait s’il allait pleuvoir ou non » l’écho de la chute du Saut de la truite ou de l’Agout devait murmurer la direction du vent et la probabilité de pluie au paysan.

Le roc Bramaïré, situé sur les hauteurs de La Ferrière-Haute ne braille plus depuis longtemps, seul le compoix terrier de 1600 comporte son nom entre La Balmo et La Ferrière.  

Ce  Bramaïré hante encore mes rêves, je le cherche depuis 21 ans je vous l’évoquerait dans un prochain article sur ce même blog.

L’alliance arbre rocher est bien sûr commune en Sidobre, je me rappelle du triste exemple du Roc tremblant Paul (Joseph Paul) non loin du Verdier qui fut renversé dans les années 90 par les racines d’un hêtre lors d’une coupe à blanc de la foret.  

RT Joseph Paul vers 1950, aujourd'hui endomagé.

RT Paul vers 1950, dessin Joseph Paul. Sté Cult. Castraise-"Le Sidobre"

Faites de beaux rêves chers lecteurs, qu’Autanette apaise votre nuit et souffle le chaud jusqu’à Noël et pourquoi pas jusqu’à l’année à venir.

* Raymond Nauzières : « Le Sidobre » Extrait de l’annuaire du Club Alpin Français 23ème volume 1898

Paris Typographie Chamerot et Renouard 19, rue des St-Pères, 19 -1899- 

* Pour plus d’informations sur le Mur de Calmejane, reportez-vous à l’article intitulé : Chapitre 5.

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Chapitre 5 : Le Roubi ou l’Enfer de l’Aigua Béla.

Journée grise et menace de pluie, mais rien ne tombe depuis des mois et le ruisseau de l’Aiguebelle est à son plus bas niveau.

Je rejoinds le vallon à l’endroit où je l’avais abandonné, déjà en moins d’une semaine, l’écrémage du sol à encore avancé, une pelleteuse mécanique gratte la terre végétale et l’entasse, la Balmette de Calmejane est encore un peu plus en danger.

En écrivant ces lignes je sais que je la mets en danger un peu plus. Mais voilà, que je me « taise » ou non l’expérience de 20 années en Sidobre m’a appris que l’on ne pouvait pas faire grand chose et que seul l’interêt des carriers pouvait décider de l’avenir de ces merveilles géologiques.

Le ruisseau n’est plus très sur de son cours, est-ce ce fossé de 2m de profondeur creusé à la pelle mécanique ? ou cet ancien bras au sud que des boules de granit naturelles balisent ?

Le fossé coule lui et me parait être le meilleur candidat au titre de ruisseau. J’abouti en remontant son cours à son  franchissement sous-terrain busé.

 Une large piste traverse l’Aiguebelle,  je me trouve en plein milieu d’une carrière. Un camion benne géant fonce à toute allure plein de sable et de blocs brisés, il vide son chargement sur un terre-plein recouvrant petit à petit le lac vert émeraude d’une carrière abandonnée. Ce petit lac serait-il le déversoir de l’Aiguebelle ? j’en fait le tour mais aucune source ou ruisselet ne parait le remplir.

Carrière du Roubi.

Le talus de stériles à l’est est énorme : 20 à 25 m de haut ? Le reflet des blocs brisés se dilue dans l’émeraude liquide, le talus est infranchissable.

Je reviens sur mes pas et là je trouve par hasard le cours de l’Aiguebelle, le ravin fait maintenant 3m de profondeur, difficile de croire qu’il ait été creusé naturellement.

Le toponyme du lieu : « Roubi » me revient en mémoire , s’agirait-il du mot Roubine signifiant canal ? oui un canal voilà ce qu’es le ruisseau depuis ce point, je remonte à travers ronciers et arbres déracinés, des tuyaux d’alimentation en eau et en air comprimé, des cables électriques profitent de ce couloir de foret pour alimenter les outils de la carrière.

Côté sud (rive gauche), la carrière en rebouchage se trouve 15 m plus bas, au nord (rive droite) un talus de décombres de 5m croule sur le bord du couloir végétal.

Une petite mare alimentée par le ruisseau abrite une pompe immergée, quelques boules de granit indiquent le niveau normal de la pente, heureusement car je suis perdu au niveau des cotes.

Il me parait de plus en plus évident que le ruisseau a été détourné de son cours, je l’ai vérifié plus tard en comparant les anciennes cartes IGN.

Le bruit est partout, les camions vont et viennent à cadence rapprochée, stress, marteaux- piqueur, tirs de mines, sirènes et alarmes en tout genre, l’enfer !

L’Aiguebelle disparaît à l’est sous une montagne de stériles de plus de 25 m de haut, je devrais retrouver son cours de l’autre côté mais je ne pourrais jamais franchir ce chaos monstrueux, glissants, blessant et armé de ronces.

De l’autre côté doit se trouver au niveau du hameau d’Aiguebelle,  la petite départementale allant de Carauce à Calmejane (D34).

Je rejoins une piste menant vers la sortie de la carrière au nord, un champ de boules claires posées au sol attendent d’être vendues pour figurer bêtement sur des parkings ou comme protection contre les voitures béliers. Ces sphères ont été exhumées de leur gangue de « sabel » (sable) à l’occasion du creusement de la carrière.

Je ne sais pourquoi je pense à l’armée enterrée de Xian ? tous ces rocs ont l’air de faire rempart pour défendre le roi des lieux…lequel ? et bien le Roc de Cantogal dont j’apperçois la silhouette derrière un rideau d’arbres.Roc de Cantogal Le Roubi.

Un oasis intacte émerge du bord de la carrière, ce miracle est du à l’intervention très diplomatique d’un grand nom du Sidobre, je vois avec plaisir que le roc a pu être épargné.

Malheureusement d’autres rocs non loin de là n’ont pas eu cette chance: le mur de Calmejane et le rocher tremblant Bel (Roc de la Boule) ont été rayé de la liste des rocs curieux qui figuraient dans les guides du début du 20 ème siècle.

A leur place : un trou béant s’ouvre, que dis-je ? un précipice !

Carrière du Roubi 2011.Rive gauche de l'Aiguebelle, Le Roubi intact, ClichéTerrail G. 1960.

Je nous revois en 1992, Rémy Sophie et moi découvrant le site exceptionnel du mur de Calmejane, à l’époque, un wagon de transport de marchandises SNCF en bois servait d’abri de chantier. Cette présence insolite préfigurait -elle la déportation des blocs du mur cyclopéens ? Car il s’agissait d’une agglomération naturelle de rochers bien ajustés simulant un mur géant un peu comme ceux de Cuzco. Une brèche centrale séparait le Mur en deux parties, la hauteur était environ de 4m, la longueur au moins 50m.

J’ai eu la chance de l’admirer avant le début de son exploitation, et malheureusement j’ai aussi eu le triste honneur d’assister à sa lente destruction.

Le roc dit de La Boule (Bel) lui était encore un peu plus au nord-ouest il figure sur les cartes anciennes mais en 92 il avait déjà été bouté hors de son socle monumental, lui même entamé inutilement et abandonné.

Une autre agglomération est décrite par G. Terrail entre le roc de Cantogal et le Mur : la fenêtre de Calmejane a elle aussi été détruite.

Nauzières indique le Chaos de Cantogal et le fait figurer sur sa carte, aujourd’hui il n’en reste plus rien.Carte Nauzière et Grillou 1907.

Cette zone de carrière est un océan de destruction à perte de vue, pourtant seules deux pelleteuse mécanique fouillent les entrailles du Sidobre.

Je m’approche du Roc de Cantogal, son socle abordé par le sud est énorme, j’aperçois le bec courbé du « chante coq » très haut et encore sous la voûte des arbres. Une faille m’offre un joli couloir d’accès par l’ouest et un vieux chêne m’aide à me hisser sur le « nid » de l’oiseau, je lui caresse la tête comme on le ferait à un animal apprivoisé, la mousse qui le nappe rend douce sa texture rugueuse. Je passe sous l’animal et constate qu’il a trois points d’appuis, trois  » pattes », un tripode sous lequel je m’abrite un instant. Je cherche les meilleurs angles pour rendre compte de sa beauté, je grimpe sur les branches du vieux chênes et trouve une perspective intéressante.Roc de Cantogal

Un tuyaux coure sur le sol et laisse échapper de l’air comprimé, son sifflement aigu est menaçant, il m’évoque une fois de plus le souffle de l’Enfer !

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