Lacrouzette: Pioch du Vicaire la Balme de l’Allumétaïré.

  • Dans mon article précédent, je vous entretenais de la recherche du roc mystère n°1: le Roc Tremblant du Pioch* du Bicari (1804).

La probabilité de sa destruction étant quasiment certaine, je pensais avoir quand même trouvé ses deux points d’appuis sur le sommet ouest de la colline du Vicaire (Bicari en 1598).

La colline est défigurée par une  ligne haute tension et un batiment industriel au bord de la D30, une carrière en cours de comblement et des éclats et des blocs de granit gisent un peu partout.

Pourtant, le versant sud comporte encore une curiosité extraordinaire: la fameuse balme de l’Allumétaïré.

 Cette balme est une véritable rescapée des destructions opérées par les peyraïrès (tailleurs de pierre).  Son salut n’est probablement du qu’à son utilité d’abri naturel bien pratique en ce lieu isolé. 

Cette balme a fait l’objet en 1990, de ma première sortie en Sidobre avec en main le livre guide d’André Denis*.

Guide de denis.

 Un croquis illustrait la page consacrée à l’Allumétaïré. Ce dessin me poursuivait jusque dans  mes rêves, cette entrée sombre, ce mur en pierre, ce roc sommital et son aspect comme sorti droit du néolithique.

 Le plan pour y accéder paraissait si simple… mais les points cardinaux n’étant pas indiqués je me perdis petit à petit, totalement désorienté.

Ce n’est qu’après maintes et maintes recherches que je finissais par demander à un habitant tout proche de me l’indiquer. Au début il m’a dit ne pas la connaître, puis voyant que je m’acharnais les jours suivants, il finit par me dire : « je vais vous y amener, vous comprenez, des enfants y ont fait un feu et les feuilles sèches qui couvraient le sol se sont enflammées, maintenant on a eu peur des incendies ». Il m’amena vers la balme et, effectivement,  bien  masquée par la foret et invisible depuis la piste elle ne se dévoilà que dans les derniers mètres.

La balme sous l'angle du dessin de Joseph Paul.

Gael et la balme.

La balme.

 Cette balme au cours des siècles a eu plusieurs dénominations:

-Roc dal Capel* (1598), son roc tremblant élégamment posé au sommet du « toit » de la balme lui a valu sans doute son nom de roc coiffé.

– Balme dal buou (boeuf), elle a probablement servi de boual (étable), mais j’aime penser que l’allure de corne de son roc sommital vu de l’ouest a suggéré ce nom. 

– balme dal satyre, selon la légende de la bergère abusée qui se vengea en castrant le satyre. 

– balme de l’allumetaïré: lire l’histoire vraie du fabriquant d’allumettes dans le guide D’andré Denis.Roger Bel m’avait dit que la fille de l’allumetaïré (d’origine gitane) travaillait au Café du Pacha à Castres et qu’elle était d’une grande beauté.A l’époque les allumettes étaient parfois fabriquées en fraude et bien sûr loin des habitations à cause des risques d’incendies (phosphore).

-Chalet du Club Alpin Français (1900), refuge des membres du Club Alpin à l’époque de Raymond Nauzières. 

L’artiste castrais Joseph Paul* a immortalisé cet ensemble dans deux dessins à l’encre de Chine, un la représente vue du sud, l’autre, de l’ouest.

Cette balme est fermée par un mur de pierres sèches et, à droite de l’entrée, on peut voir que le granit a été creusé à la base par le feu, comme une pierre à foyer

Le « plafond » régulier est à plus de deux mètres et offre un confort rare pour une balme: il reste parfaitement sec. 

Mon enfant Gael (5 ans) dans la balme.

Face à l’entrée, la paroi verticale de  granit clair est décorée en son centre d’ un magnifique exolite* sombre ayant la forme évocatrice d’un menhir.

Gael et mes amis du Sidobre devant l'exolite.

Un roc  oblong et légèrement courbé est posé en équilibre sur le toit de la balme, il est creusé sur son flanc à l’est, d’une cuvette en forme de siège. 

Si on s’installe sur ce fauteuil naturel, on sent le roc vibrer, on se rend compte alors qu’il s’agit d’un roc tremblant de la plus belle facture.

Plus surprenant encore, on constate que l’énorme masse supportant le roc branlant vibre aussi, effectivement elle est complètement en porte à faux à quelques cm au-dessus du mur.

De l’arête sommitale du roc tremblant, de nombreuses cannelures* suivent le sens de la pus forte pente. D’autres micro-formes typiques du granit décorent l’ensemble: un filon de Pegmatite (cordaïré)* court le long de la pente, de profondes failles (diaclases) filent puis vire à angle droit et, des « crapauds »* sont posé en reliefs en guise de gargouilles.

Cannelures du RT.

RT balme de l'Allumétairé.

Gael devant les cannelures et à gauche le siège du roc tremblant.

Une mousse épaisse couvre le toit comme pourrait l’être celui d’ une chaumière.

A l’est du socle de la balme, quatre petites entailles (bésals) caractéristiques du travail à la pique par les tailleurs de pierres, suivent l’orientation est-ouest du filon.

Elles étaient destinées à fixer les coins d’acier (cugnères) pour fendre la roche.

Diaclases de la balme.

Autre curiosité, entre la piste d’accès et la balme, un roc évoque furieusement la tête d’un tricératops, une lame de granit en guise de collerette et un exolite pour l’ oeil protubérant… plus haut,un bosquet de chênes masquent l’entrée d’une faille entre deux roches acollées. Si on s’engage dans ce couloir on débouche dans une salle à ciel ouvert et on se tient alors devant  un tafoni*loboïde creusé dans la paroi verticale. J’avais cru un moment qu’il s’agissait d’une cuvette renversée mais en y regardant de plus près, je n’imagine pas que cet énorme bloc ait basculé, le tafoni a du se creuser dans la position initiale de la masse.

Il est aussi possible qu’un exolite sphérique se soit détaché en laissant son empreinte, et que l’érosion ait lissé la niche abandonnée.

Le tafoni.

Le roc : Le Tricératop.

Face à la balme, un roc gigantesque a été coupé net à l’aide d’une seule baramine dont on distingue encore la trace au sommet.

Sous cette masse, quelques linteaux semblent avoir été taillés à l’abri de la pluie. Une remorque de bois améliorée de roues de voiture ainsi qu’ un vieux treuil achèvent leur lente décomposition.

Voici bien là un des sites du Sidobre des plus variés en termes de microformes du granit, en terme de légende et en terme de travail de la pierre résumant en un lieu unique tout l’univers du Sidobre.

 

 

*Pioch : (syn.Puech, puig, puy, pic, colline), sommet, hauteur en Occitan.

* Balme: de l’occitan Balma signifiant grotte, ici en Sidobre il s’agit plutôt d’abris sous roche d’origine naturelle et parfois aménagée par l’homme.Ces balmes se comptent par dizaines en Sidobre avec parmis les plus célèbres: la balme de Saint-Salvy et la balme de Saint Dominique.

* Capel: chapeau en Occitan, Roc du capel: roc coiffé. Plusieurs rocs ont le nom de Capel, le capel de Baptistou, le roc du capel du Verdier, le roc du capel du Pradel etc…

*Le Sidobre de Joseph Paul* ,livre édité par la Société Culturelle Castraise. épuisé. Voir Bibliothèques.

*Exolite: pierre étrangère, grumeau dans le granit,  souvent de couleur sombre, appelée« crapaud »* dans le pays.

*Tafoni: terme géologique qui définit une des micro-formes de l’altération du granit. Un trou issus de la dissolution d’une roche par hydrolyse et par l’alternance humidification déshydratation. La Corse et la Sardaigne sont particulièrement riches en tafonis notamment dans les granites.On trouve aussi de multiples petits tafonis sous la Peyro-Clabado. Dans les pays anglo-saxons on les nomment Allien Pods (empreintes d’extra-terrestre). 

*Cannelures: autre micro-forme d’érosion du granit, sorte de stries ondulées (similaires à une tôle ondulée) creusées par les précipitation météoriques et coulant dans le sens de la plus forte pente.

*Cordaïré, cordos, cordes en occitan, les filons par érosion différentielles avec leur support dessinent en relief de longues lignes en bosse simulant des cordes jettées sur le granit. Ces filons sont composés en majorité de méga-cristaux de feldspaths,et dans une moindre mesure de tourmaline interstitielles et de grenats.Ces filons sont issus de réactions chimiques hydro-thermales actives avant et pendant le solidus du magma granitique (-300 millions d’années).

*André Denis: voir le blog  http://sidobre-terre-de-legende.blog4ever.com/blog/lire-article-622141-3944714-pourquoi_ce_blog_et_qui_suis_je__.html

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Qui a dit "il a le coeur aussi dûr et froid que la pierre"? non non non! d'abord la pierre a une âme et je vais vous en apporter la preuve !
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