Chapitre 4 : Aigua Béla Verdeaux- Calmejane ou la porte de l’Enfer de l’Aiguebelle.

Aujourd’hui curieux temps, ciel bleu en montagne et mer de nuage en plaine, mais voilà de cette mer de nuage a déferlé vers 13h un « Tsunami » de brume en quelques minutes.Voilà donc notre Sidobre sous cette chape de brume, il prend alors une toute autre dimension, son aspect de rude montagne se révèle vraiment, son mystère aussi.Qui n’a jamais vu le Sidobre dans cette ambiance ne connait pas le Sidobre.

Ruines de Verdeaux

Les ruines de la grange de Verdeaux semble plus austère, les sapins sombres se détachent en avant plan, la vie devait être rude en hiver… Francis M. m’accompagne aujourd’hui, comme moi il est tombé dans le guide d’André Denis quand il était petit ! Nous voilà au point où la piste de Verdeaux se sépare en deux directions, Francis hésite, je vois qu’il n’a pas très envie de remonter l’Aiguebelle -« je l’ai déjà fait, par là il n’y a pas grand chose d’intéressant, l’accès est difficile », il me rend hésitant car je connais son ardeur à la prospection, sa volonté de passer à tout prix là où même les sangliers ne vont pas, alors je cède à sa demande. En compensation,il  me propose de me faire découvrir le RT qu’il a découvert il y a quelque temps. Nous quittons le ruisseau et nous dirigeons vers Campsoleil, après être passé près des deux RT de Verdeaux nous quittons le versant de la rive droite de l’Aiguebelle pour arriver sur un « Calm », un replat en pleine forêt. Un roc au bord du petit sentier nous retarde, il est allongé et en déport sur son petit socle, il a été brisé à l’ouest, mais son aspect de RT nous obligent à le tester un peu, rien n’y fait, nous continuons vers le nord ouest.Roc en déport.

De nombreux blocs ont été éclatés par les cugnères (coins d’acier) des peyrairès (tailleurs de pierres), ces traces sont anciennes et datent certainement de la construction du hameau tout proche. « Il est là ! » le Roc tremblant nommé tambour de Campsoleil par Francis son inventeur.Roc Tambour de Campsoleil.

Il est allongé et est balafré par une fissure naturelle en son milieu. Francis le réveille facilement il tambourine contre un autre bloc à l’est, sa position sur un pied d’estale le rende digne des plus jolis rocs tambours du Sidobre. Comme d’habitude, Jenny le chien de Francis gémit comme à chaque fois, comme Idéfix quand Obélix déracine un arbre.

Nous regagnons l’Aiguebelle où nous l’avions laissé, une camionnette se dirige vers nous, c’est un chasseur nommé Jean, on discute, il comprend notre intérêt pour les rochers et nous indique son rocher tremblant « 7 m de haut et 200 tonnes, tous les chasseurs le connaissent » je pense au Roc du Capel au Verdier mais ses indications semblent plutôt nous diriger vers le roc du Verdier, à vérifier donc.

Nous nous engoufrons « Into the wild »  en direction de l’amont de notre chère Aiguebelle. Francis choisit la rive droite (qui est à gauche dans ce sens là, au nord donc) et moi au sud. Le ruisseau est toujours aussi bas, les galets d’argile à gravier se remarquent par leurs couleurs claires ou jaunâtre, le sable est de plus en plus présent et parfois nappés d’une boue sombre venant probablement des carrières en amont.Le rec a tracé son lit profondément dans le sol de la forêt, il ressemble plus à un petit ravin dont les flancs sont fait dans l’ordre, de terre végétale, de quelques traces d’argile rouge et de sable.Les racines des arbres figent autant qu’elles le peuvent cet agglomérat. En remontant un peu sur le versant une masse que je prends dans un premier temps pour un Mas attire mon regard, il s’agit en fait d’un énorme rocher débité simulant un pignon de maison, je le reconnais, je l’avais déjà vu la dernière fois. Je me retourne et j’aperçois un autre roc, cette fois arrondi, posé sur un haut socle. L’aspect de cette découverte sous le couvert de cette forêt clairsemée ne me laisse pas indifférent.Le monument de VerdeauxLe monument de Verdeaux

L’allure monumentale est constamment la première impression que donnent ses tors  quand ils sont  isolés, je le nomme le « monument de Verdeaux ».

Après les tests de rigueurs, levier et étude de Francis nous en arrivons à la conclusion que ses deux points d’appuis l’empêcheront à jamais de se mouvoir.Le monument de Verdeaux.

Nous redescendons vers le rec (ruisseau), une tête zoomorphe camouflée de fougères semble attendre le passage d’un Goujon afin de l’attraper (rive N).Roc zoomorphe.

Plus loin, un début de chaos s’annonce par une écaille de granit pointée vers le ciel, en la contournant et en atteignant le fond du rec on découvre son profil caricatural, voici donc un autre pêcheur de ces lieux :  le roc « Lou pescaïré » ,sa grimace en dit long sur sa malchance il grimace et tourne le dos à l’eau (rive N).

Le monolithe.

Tout près, une faille difficile d’accès ouvre quand on y pénètre une perspective surprenante : la vision d’un monolithe sombre le pied dans l’eau encadré symétriquement par la voûte de deux rocs.

Toujours rive nord, deux colosses de granit, probablement le même roc fendu naturellement offre un couloir aux parois verticales et légèrement incurvées, le roc fendu fait penser mais en plus petit aux rocs « Colosses de Maurel ».

Le roc fendu ou Colosses de l'Aiguebelle.

Deux déflagrations se sont faites entendre, tir de mine à la poudre noire des carrières à venir, depuis quelques minutes, nous évoluons sur la rive nord au pied d’un talus de 10 m de haut fait de  blocs brisés, et de sable extraits d’anciennes carrières, la rive sud n’est pas épargnée non plus.

Nous passons à côté d’une petite enclume « encludge » minérale ainsi que d’un couvercle « capucelado ».Roc "Capucelado" fermé par un couvercle.

Roc de l'encludge (enclume).

roc de l'encludge (enclume)

La tache verte de magnifiques fougères Osmondes Royales m’appellent, le sol est fangeux, nous sommes dans une petite dépression qui a permis l’établissement d’ un début de sagne (tourbière). Les sphères de granit omniprésentes décorent le marais, je m’y enfonce tout à coup à mi-mollet,  l’odeur est forte et mes chaussures de marche ainsi que mon pantalon sont maculés, tant pis je continue trempé.

Le brouillard est toujours là, je découvre une écaille de granit appuyée sur une masse sa ressemblance avec la forme d’une chataîgne me font appuyer sur le déclencheur de mon Canon. Je le nomme  » lou castanhon »  la châtaigne sèche.Lou castanhon.

Plus haut à la croisée de 2 pistes descendant du mas de Calmejane,  un autre bloc évoque une meule de foin je le nomme roc Afénial de Calmejane.Roc Afénial de Calmejane.

Mais, décidément, cette brume m’a fait perdre le sens de l’orientation, l’épisode du piège de la sagne n’a pas arrangé les choses.Mais où suis-je ? ce n’est plus l’Aiguebelle ce ruisselet ? et Francis perdu de vue… j’appelle, rien pas de réponse, seule Jenny est restée avec moi…Je monte le versant nord isolant cette sagne et retrouve l’Aiguebelle de l’autre côté, j’appelle à nouveau « FRAAAAANCIIS ! » rien, Jenny ne me quitte pas d’un pied, mais vas y amène moi à ton maître ! rien elle écoute attentivement avec moi, l’éventuel frissonnement des feuilles mortes ou la réponse de son maître, silence absolu ! Je me dis qu’il ne me reste plus qu’à continuer la remontée du ruisseau, et si et si ? il lui était arrivé quelque chose ? pas de portable de son côté, mince, j’imagine le pire : appeler les pompiers, Francis étendu inerte la mort de notre ami Jean-Claude me hante encore la vie est si fragile…Tant pis, viens Jenny, on va essayer de rejoindre la voiture garée près de Calmejane et on attendra là en klaxonnant de temps en temps.Mais toi le chien, il va te chercher partout, comment va t’il imaginer que tu aies pu me suivre moi et pas lui, que tu l’aies abandonné.Au bout de 2o mn environ tiraillé par mes pensées sombres, j’entends en aval un « oooohoooo ! » salvateur.Les ohooo se rapprochent et je retrouve mon Francis le sac à dos étrangement rempli, monsieur a trouvé des cèpes, des pieds de moutons et autres mets de la forêt, il n’a pas perdu son temps, Jenny est folle de joie.

On franchit un pontil récent et atteignons ensemble ce que j’appellerais le Chaos de Calmejane, il débute brusquement, encombrant le ravinement de l’Aiguebelle, de trop gros blocs pour masquer un si petit ruisseau, la scène est presqu’ amusante, de ce chaos titanesque ruisselle une « mirgou », une souris d’eau !Je le contourne par le nord et rencontre l’enfer de l’Aiguebelle, à travers les limbes arrive face à moi une déferlante de blocs brisés, 10 m de hauteur, les arbres n’ont pas résistés la terrible masse de sable et de rocs exhumés des carrières toute proche maintenant.

Le harcèlement des marteaux piqueurs empli l’air, les limbes s’ouvrent sur un spectacle cyclonique, oui c’est ça les dégâts après un cyclone, les coulées de boues et de roches, les arbres déracinés.

De nombreux blocs ont franchis les premiers rochers naturels du chaos de Calmejane et, parmi les sphères de granit gisent, incongrues, les blocs quadrangulaires  striés de forages. Ces formes claires et vierges de végétaux, contrastent avec les roches naturelles nappées de mousses et de lichens.Dans une étrange perspective de canyon, tout au bout j’aperçois le Roc Tremblant de Calmejane découvert par Francis il y a 4 ans.

RT du Chaos de Calmejane

Il est situé au milieu de la rivière de rochers (Compeyres), il trône sur un haut pied d’estal.RT du Chaos de Calmejane.

Francis fait un long détour par l’est pour l’atteindre sans trop de mal, il monte dessus et le met en branle aisément, Jenny chante sa plainte habituelle, son ode au roc qui menace de tomber.

Je le photographie sous tous les angles, nous sommes en fin d’après-midi, le brouillard est là, je pousse mon Canon à 8OO asa car je ne dispose pas de trépied.

Le chêne torturé a réussi à pousser dans ce chaos, ses branches sont envahie d’épaisses mousses et de longs cheveux de lichens, la scène est…celtique, le roi Arthur arriverait là que ça ne me surprendrait pas.

Francis me dit que les décombres de carrières ont encore avancés, toute la zone au nord est déforestée et prête à recevoir d’autres « terrils ».

-« Je ne reconnais rien, il y avait un roc allongé par ici…non là bas, p…n je ne reconnais plus rien », Francis a de bonnes raisons d’être désorienté car la brume augmente l’égarement. Nous observons un couvercle minéral géant recouvrant ses rocs supports, un abri s’est formé, on en fait le tour et enfin Francis reconnais son roc perdu, il grimpe dessus et tente de l’ébranler, on sent quelques secousses mais rien de convaincant. Notre intrusion est voilée par la météo, on devine les ouvriers non loin de là, les hommes de fer faces aux rêveurs que nous sommes.Balmette de Calmejane.Balmette de Calmejane.

Pourtant Francis lui aussi vit du granit, il est ouvrier dans un atelier de transformation de granit à Carauce, 8h par jour dans le bruit, l’eau la poussière le froid, il connait la rudesse de ce métier mais ne comprend pas les destructions inutiles telles qu’il les a souvent constatées (recouvrement des ruisseaux, destructions de RT en bordure de carrières etc…). Francis est un bon compagnon d’exploration, gentil, astucieux, plein de bon sens et passionné du Sidobre.

Nous terminons là la reconnaissance de l’Aiguebelle pour aujourd’hui, un constat d’échec quant à un l’aménagement des carrières côtoyant les ruisseaux, l’Aiguebelle a disparu, elle sort d’un chenal de 20 m de long creusé à la pelleteuse mécanique et surgit d’un tonneaux éventré d’un mètre de diamètre.

Nous regagnons la route Calmejane-Carauce par une piste brumeuse d’où émerge à gauche et à droite des abris de chantiers dignes de l’air industrielle post-soviétique.

Des bennes de camions sont posées à l’envers sur des blocs de granits débités, ils abritent des compresseurs m’évoquant les soufflets attisant l’enfer de l’Aiguebelle.

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Qui a dit "il a le coeur aussi dûr et froid que la pierre"? non non non! d'abord la pierre a une âme et je vais vous en apporter la preuve !
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One Response to Chapitre 4 : Aigua Béla Verdeaux- Calmejane ou la porte de l’Enfer de l’Aiguebelle.

  1. Emmanuel dit :

    Je constate encore une fois que le cours d’Aiguebelle recelle bien plus de trésors qu’on ne croit. Merci pour les photos !

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