Aiga Béla – Chapitre 3 : Molin de La Bruga.

Le bord du plateau est atteind, le ruisseau a retrouvé un cours plus calme, quelques mini-méandres marquent maintenant son parcours.De grands hêtres et chênes centenaires ombragent son eau, les boules de granit sont plus modestes, des galets issus du glacis d’argile à gravier en amont, nappe le fond, le schiste est loin maintenant,  ici c’est le domaine du sable et du quartz. Nous sommes surpris de ne trouver aucun galet de granit, seules les sphères allants de 50 cm à plusieurs mètres de diamètres sont posées dans le cours du ruisseau. Les grosses masses sont nées il y a 65 millions d’années et n’ ont été dégagées de leur gangue de sable il y a « seulement »  10.000 ans… (Age du magma granitique +- 300 millions d’années, âge de la terre 4,5 milliards d’années). 

La toponymie du Sidobre inclut le terme Arenials dont la racine latine arena défini le sable, les pêcheurs de sable alimentaient les maçons du pays.Le sable est directement issu de la désagrégation du granit une fois les argiles libérées.Le ruisseau semble si jeune, comme une ravine creusée par un orage, seuls les dos de rochers sphériques lui donnent cette allure antédiluvienne.

Sur la rive gauche un des rares prés du secteur est abandonné, conquit par les fougères aigle et les ronces. Emmanuel qui m’accompagne dans cette reconnaissance escalade une échelle sommaire pour atteindre le sommet plat d’une grosse masse de granit, sorte de forteresse imprenable défendue par des gamins des environs ou par des chasseurs.

Nous arrivons face à un petit aqueduc en pierre taillée, le cours du ruisseau a été détourné pour alimenter le hameau de Pesquier ou arroser ses prés.L’eau coule encore dans le petit canal ensablé, en amont débute un nouveau chaos que j’appelle Chaos de La Bruga.En effet à peu de distance, on aperçoit les deux pignons en ruine d’un moulin nommé sur le cadastre moulin de La Bruga.

Le toponyme Bruga est d’origine occitane et signifie la bruyère, est-ce à dire que le lieu était alors une lande ? c’est très probable au vu des cartes postales anciennes montrant des landes à perte de vue en Sidobre.

La maison du moulin avait un étage et des caves, impossible de dire si le bâtiment principal comportait un moulin ou s’il était voisin de l’habitation ?Une chute d’au moins deux mètres coule sur un mur en pierre ébauchée sommairement, le moulin était-il là ? à étudier avec un spécialiste plus tard.Nous constatons en tout cas que c’est un bief qui alimente cette chute, la présence de deux meules de granit plus haut est la preuve incontestable du moulin.Une meule dormante et une tournante avec leur axe en fer, une des meules est gravée d’une croix, de nombreux « plancous » ou dalles servants de pont sont installées sur le petit canal.

Un évier en granit, est la seule trace d’activité ménagère de cette ruine, les blocs de taille des fenêtres et des portes ainsi que les angles des murs sont de belle facture, point de dates inscrites.

Nous suivons un moment le canal et tombons sur un roc géant, dont Jean-Luc m’avait parlé. -« Je l’ai nommé la Marmite, mais tu ne vas certainement pas trouver qu’il y ressemble ! », je comprends pourquoi il l’a baptisé ainsi, en effet il existe de nombreuses marmites éventrées dans le Sidobre et celle ci y ressemble fort. Marmite de Gargantua, aux deux bords élevés et à la courbure parfaite. Nous l’escaladons timidement pour parvenir à son sommet, côté est, le terrain arrive presque à son niveau, mais côté ruisseau la perspective est vertigineuse.Nous redescendons vers le moulin remettant à plus tard la prospection du canal.

 Re voici le chaos de La Bruga, les arbres sont énormes, le chaos aussi, des troncs blanchis sont truffés de trous de Pic-Vert, d’énormes champignons ont conquis d’années en années le totem abandonné.Nous pénétrons difficilement dans cette rivière de rocs, pour atteindre le pied d’un roc à l’étrange excroissance sortant d’une fissure horizontale, mon fils me dira plus tard « on dirait qu’il tire la langue »… deux autres grosses roches oblongues sont perchées sur de hauts socles et semblent furieusement prêtent à trembler..Nous essayons vainement de les mettre en branle, mais nous fourmis parmi les galets ne faisons qu’effleurer la mousse épaisse.Les diaclases sont bien dégagées et des corridors courent 3 m en contre bas, mous estimons que le ruisseau coule à plus de cinq mètres sous la surface du chaos.Un » pied » de granit est resté coincé dans les nombreux pièges de l’amas de boules.

Une dépressions dans l’accumulation de blocs s’est formée au hasard de la solifluxion, une arène où se sont battus les Colosses de granits , je n’en ai vu nulle part ailleurs de si régulière et profonde.

L’entrée sombre d’une faille nous invite à l’explorer, nous retrouvons cette fois le ruisseau dans une première salle, puis nous passons à une seconde salle plus sombre encore avec une perspective surprenante d’un double couloir barré de lames de roches.Le portable de Manu muni d’une lampe led éclaire les parois, en guise de pétrogliphes nous dévoile les zébrures plus sombres de la percolation d’eau météorique.Un petit cocon blanc est accroché à la parois, sorte d’ampoule d’où émergera sans doute un insecte cavernicole…Une petite zone attenante à la Balme comporte une ouverture vers le ciel, un patio arabo-andalous avec sa fontaine et ses mousses fraîches.

Nous poursuivons la remontée du chaos, ragaillardis par nos découvertes.

Deux « pains de sucre » nous surprennent par leur hauteur, je pose devant ce trophée pour donner une idée de leurs dimensions.

Je trouve aussi deux petits rocs tambours appeler ainsi en Sidobre à cause de leur résonance quand on les ébranlent, « Bom Bom Bom » ce tam tam réveille mes vieux rêves d’explorateur en Afrique…

Nous retrouvons le petit canal qui prend sa source au niveau d’un petit barrage qui ne retient plus l’eau, une brèche s’est créée et les blocs taillés pour recevoir une trappe sont déchaussés, il s’agit de la réserve d’eau du moulin en aval.Nous atteignons le chemin d’accès de Campsoleil (cote 450 m), le soleil d’automne filtre à travers les feuilles colorées et  forment une voûte d’or.

  • Nous franchissons sans tarder cette allée pour retrouver notre fil d’Ariane, le fil de la belle eau que nous remontons. A peu de distance, rive droite un roc zoomorphe a la croupe dans l’eau et la gueule appuyée sur un bloc, jean-Luc l’a nommé « le chien couché »."Le chien couché"

Le ruisseau a perdu un instant son chaos, preuve que la pente s’amoindrit.Une écaille de granit a glissé de son socle et forme un abri sommaire et à hauteur d’homme. 

Plus haut un sosie du RT de Sept Faux domine la scène, sans levier impossible de le mettre en mouvement.

 Nous continuons vers le nord en nous éloignant de notre ruisseau, on remarque alors un roc curieusement partagé et haut, j’en fait laborieusement le tour lorsqu’à un moment sa face est me laisse pantois !

Un MOAI ! une statue de Rapa-Nui, l’île de Pâques ! un Moai érigé dans ce bois profond ? quel choc !

 je le mitraille sous tous les angles jusqu’à ce que la ressemblance soit la plus évidente possible.Les deux rocs sont séparés par une faille et de face perdent leur allure monumentale pour ressembler comme me le suggère mon fils de cinq ans : des perroquets ! On s’aperçoit que le Moai a perdu une partie de son nez comme le Sphinx en son temps. Et nous voilà entrain de deviser au sujet du morceau resté à terre, on le mesure et effectivement la largeur de 107 cm correspond à la « plaie » du Moai.

Nous rejoignons le rec et un triste spectacle nous attend : une carrière abandonnée a rejeté ses blocs inutiles sur le ruisseau, celui ci disparait sous les arrêtes vives des décombres.

 Une agglomération de rochers imposants sur la rive droite comporte une petite Balme naturelle à deux issues.

Un roc est perché sur un haut et long socle,  posé comme un monument mémorial aux tailleurs de pierres, qui l’ont poinçonné de leurs coins d’acier. Une dalle tambour toute proche bat la mesure des forçats de la pierre.

Jean-Luc et Jean-Claude avaient exploré la zone il y a deux ans, ils avaient trouvé un RT qu’ils avaient nommé le RT de Verdeaux,  je m’attends à tomber dessus à tout instant. J’avais vu un cliché de ce RT et je le détecte aisément toujours rive droite sur le versant. La demi-sphère est là, on a quelques difficultés à trouver le point d’appui du levier qui permettra de le réveiller de son sommeil immémorial. Et pourtant il tremble, Emmanuel l’a mis en mouvement en prenant appui sur son voisin minéral. Un bloc oblong couvert d’une mousse vert fluo est posé sur le même socle mais refuse lui obstinément de se réveiller, il est mort !

Nous atteignons maintenant la seconde piste menant à Campsoleil et qui coupe le ruisseau du nord au sud. Les ruines de Verdeaux situées entre la D622 et Campsoleil se sont dévoilées à la faveur d’une récente coupe de bois, un ruisselet longe ses murs et va rejoindre l’Aiguebelle tout proche.

Le soir tombe, les sapins dessinent leur silhouette sombre sur le ciel.

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Qui a dit "il a le coeur aussi dûr et froid que la pierre"? non non non! d'abord la pierre a une âme et je vais vous en apporter la preuve !
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