Les Labans rive gauche du Gijou, Vabre juillet 2011.

Chers amis du Sidobre,

il existe sur la rive gauche du Gijou, (peu avant sa rencontre avec l’Agout au Bouissas), un LEVIATHAN de granit dénommé Labans dans le pays.(Léviathan = Cachalot-Melevillei du Miocène -11 millions d’a, 17m de long).
Comme le cachalot de Melville, ses flancs sont clairs et semblent parsemés de concrétions (lichens, entre algues et champignons), avec une alternance de longues nappes sombres et claires qui marquent les coulées d’eau météorique.
La comparaison me semble à la hauteur de la forme la plus noble et la plus prestigieuse des modelés granitiques : les dômes rocheux nus.
Allain Godart dans son livre Pays et paysage de granit (Ed.PUF) écrit :-« Leur originalité explique la place qu’ils occupent dans la littérature scientifique ou dans les descriptions des voyageurs et explorateurs ».
Lorsqu’on emprunte la D 55, route de Castres à Vabre, et que l’on remonte la vallée du Gijou après avoir laissé sur la droite le lieu dit Le Bouissas, l’apparition au détour d’un virage de ces flancs convexes et raides, de ces grandes dalles lisses et nues est d’autant plus singulière que l’environnement est forestier.
L’allure est imposante, mais nul parking ne permet de s’arrêter sur devant ce site hallucinant, seul un panneau indique Les Labans.
Frustré de ne pas avoir pu admirer sereinement ce spectacle, l’automobiliste poursuit sa route en se disant : « bah, je reviendrais un autre jour, les Labans sont là depuis des millions d’années, ils peuvent bien attendre ! ».
Les années passent, et même moi, votre serviteur, je ne m’étais jamais arrêté à cet endroit, alors y mettre les pieds était encore moins concevable, inutile, puisqu’en quelques secondes j’avais déjà tout vu depuis ma voiture!
Et bien, j’ai fini par stopper au panneau, avec mes warnings et j’ai pris des clichés, puis poussé par le goût de l’aventure, j’ai été explorer le flanc du Léviathan…
Je gare mon véhicule au Bouissas, et je monte vers le hameau, un bosquet de bambous et de multiples fleurs encadrent l’image des mas du Bouissas, l’éternel aboiement de canidé m’accueille, le chien au bout d’une chaîne balance la queue en m’accueillant, il n’a pas l’air méchant, et dès l’apparition de son maître je suis quand même plus rassuré.
Marcel Carrivenc me déclare d’un beau sourire il n’est pas méchant tout en lui tapotant le flanc, Marcel a 79 ans et une allure d’emblée sympathique.
J’aperçois derrière lui dans l’obscurité de la maison son frère Paul 88 ans, assis dans son fauteuil, il ne parle pas.
-« Les tiges de bambous le long des parterres de fleurs, je les ai mis pour que mon chien arrête de les piétiner », j’engage la conversation.
moi: -« Vous vivez ici depuis toujours ? »
lui-« Oui avec mon frère on est nés ici »
Il enchaîne:-« J’allais à l’école en train, la maîtresse savait qu’on avait toujours un peu de retard, elle était habituée »
Moi toujours obsédé par les rochers je demande :

-« y a-t’il des rochers qui portent un nom local ? Connaissez-vous des rocs curieux ou des Balmes ? »
lui -« Oui, tous les gamins de Thérondel et nous même, on escaladait le Roc de Cantemerle! »
lui-« Il est au bord du sentier, vous le trouverez en haut ».
moi-« Il y a eu une carrière qui a entamé Les Labans, en quelle année a-t’elle ouvert ? »
lui-« Vers 1963, après la fermeture de la ligne de chemin de fer; c’était un breton,au nom à consonances italiennes, il avait promis monts et merveilles, embaucher 50 personnes etc… finalement il n’y a eu que dix ouvriers et l’exploitation a fermé au bout de 5 ans, le granit était fragile ».
Il poursuit :-« Nous on vivait de la ferme, quelques vaches, brebis, le bois et on était propriétaire du roc des Trois Fromages, alors du bois on n’en manquait pas! ».
Il observe un moment de silence -« Puis il y a eu l’incendie » me dit-il perdu dans ses pensées.
En effet je constate que le premier étage à été reconstruit,
-« le feu ? »
-« Oui, c’était en 1939, mon frère Louis a mis le feu, Il a perdu la tête, il ne voulait pas partir à la guerre ».
Marcel me salue généreusement, et c’est sur ces mots dramatiques que nous nous séparons.
Je décide de suivre la courbe de niveau qui correspond approximativement au front de taille de l’ancienne carrière des Labans.
Je quitte le sentier balisé qui monte à Thérondel et poursuit difficilement mon chemin vers l’est.
Une broussaille inextricable me retarde, tantôt penché en avant, tantôt escaladant et souvent à quatre pattes, je trace ma route comme un sanglier.
J’observe la coupe franche de la carrière, je prends un plan rapproché d’une roche brisée laissant apparaître sa composition .
Dans l’ombre épaisse des buis, de nombreuses dalles semblent surgir de la gangue de terre végétale qui les nappe, rien de remarquable, rien qui ne justifie ma lutte contre la brousse…
Une clareté filtre à travers les buis, je devine la lumière réfléchie par les Labans, encore un effort, une dernière roncière à franchir en équilibre instable et je débouche sur une terrasse vierge de ronces, surface inclinée de granit, le premier Laban (ouest).
Je souffle un instant et tente de mettre en scène mon escalade pour vous rendre compte de la valeur de la pente, je pose le Canon et met le retardateur en route, son bip bip est lancé, je remonte en vitesse, penché en avant tellement la pente est raide.(J’ai demandé à Gérard et Patrick de me calculer l’inclinaison de ce Laban, elle est de 57 % soit 30 °, merci Gérard).
  Je suis à la cote 400 m environ, soit la partie supérieure des Labans.
J’atteind une autre langue de Laban, la plus large, je descend d’abord debout puis très vite assis, je glisse prudemment sur ce toboggan, en restant sur le bord au cas où je ne maîtriserais plus l’appel du vide.
Bien m’en a pris car les écureuils m’ont fait un piège, une nappe de glands décortiqués, ça y est je glisse, je prends de la vitesse et atterri dans les bras d’un chêne salvateur.
La pente est maintenant destinée au varapeur, plus bas j’aperçois une corniche naturelle, sorte de chemin de chèvre envahie de végétation, herbes et arbres.
Cette corniche doit avoir 2 m de large et traverse d’est en ouest, horizontalement les Labans.
Je découvre une faille parallèle à la pente, figurant un canal, elle est profonde et régulière, un flot de genêts à balais et de chênes y règne.
Aujourd’hui je pense encore à aller explorer ce canal qui pourrait cacher une curiosité géologique, une Balme sous une langue de granit par exemple.
Ce qui est sûr c’est que le fond doit avoir accumulé un glacis de terre issus du sommet terreux.
La surface des aires minérales est si propre que pas un grain de sable n’y stagne, les coulées d’eau météorique dessine au hasard des inclinaisons de longues nappes de lichens sombres ou de roches immaculées.
Sur d’autres aires, quelques éclats de roches brisées (qq.cm) restent bloquées par leur poids, le granit apparaît dans toute sa beauté, comme s’il avait été brisé hier, souvenirs anciens de la carrière située à l’ouest ?
Je lève la tête et vois un roc dressé vers le ciel et composé d’un socle haut et d’une sorte de tête, ces deux éléments figurent une sorte de Moai de l’île de Pâques, statue à l’effigie  anthropomorphe.
Sa morphologie est complexe: des cornes, une fente en guise de bouche, une dépression couverte de lichens pour l’œil…
Je le nommerais le diable des Labans.
 Je remonte péniblement la pente, heureusement il fait frais et le ciel est voilé, et je fais face à une marche naturelle qui m’arrive aux épaules; c’est une dalle, elle est posée sur l’aire et en épouse la pente.
Impossible d’y monter car je perdrais l’équilibre en arrière, je longe la marche dont la hauteur diminue vers l’ouest où elle disparait sous les ronciers, là en m’appuyant sur les muriers (on peut rêver mieux comme rampe), j’arrive au bout de trois reprises à grimper sur la dalle et à atteindre une petite terrasse. Là je m’assied près d’un genèvrier chargé de ses petits fruits au noir d’encre.
En me retournant, je remarque que j’arrive au roc isolé, imposant, visible depuis la route.
En m’en approchant, un dessin cubiste à la Picasso (merci Emmanuel) est gravé naturellement sur la face ouest du bloc.
Cette gravure évoque deux visages amoureux l’un de l’autre, le premier au sud est de profil, l’autre est de face, tous les deux se calinent et plissent les yeux de plaisir, tableau charmant, ce seront les Amoros des Labans (prononcer: amourous).
Les lichens et les coulées d’eau accentuent l’impression d’œuvre d’art, des millions d’années d’érosion au hasard des fissures, de l’agencement des minéraux,  et des paléo-climats ont sculptés laborieusement, lentement ce rocher.
En en faisant le tour, j’observe que le bloc est strié par trois failles verticales orientées nord-sud, comme un livre de granit à trois pages épaisses.
Je quitte le Léviathan et arrive au sommet après avoir pénétré la forêt, je tombe sur une muraille de berger, large, haute d’au moins 1m5O, pas du tout éboulée, composées d’éclats  de granit (clapos) issus de l’épierrage des champs sommitaux des deux Puechs de Thérondel (475m et 508m).
Derrière ce mur, deux antiques ruches en forme de tour carrée sont coiffées d’ardoises et s’abritent du nord, d’autres ruches modernes sont là dans la clairière, l’endroit semble idéalement exposé pour donner un miel varié, châtaigner, buis, bruyères, genêts et fleurs des champs qui ne sont que très peu fauchés.
Je suis ce mur vers l’est et explore un peu le site, peu de roches imposantes, je reviens vers la partie est des Labans, sur la crête qui fait face au hameau de Rocalet (rive droite).
Cette crête montre son échine de roches et sa forêt clairsemée de pins Sylvestres ancestraux, certains troncs sont si larges que je ne peux en faire le tour avec mes bras.
Pour la première fois depuis le début de cette escapade, j’identifie deux cuvettes sommitales à fond plat, l’une est coupée en deux par une faille, l’autre est bien modeste en terme de curiosité sidobréenne.
Des troncs de pins morts achève d’être dévorés par les insectes, la blancheur du bois parmi la bruyère en fleur offre de jolis contrastes pour l’amateur de photo.
Une dalle à la base légèrement convexe et couverte de fougères frémi sous mes pas, encore quelques milliers d’années avant qu’elle ne tremble franchement…
Je regagne le sentier Thérondel Le Bouissas à la recherche du Roc de Cantemerle, après m’être vainement renseigné au hameau de Thérondel et rafraichi grâce à l’hospitalité de Christophe, je traverse le terrain de rugby à la vue imprenable sur les deux vallées, je descend les prés au nord-ouest et accède au sentier.Très vite je tombe nez à nez avec un roc imposant sur le bord de la sente.
Cela ne peut être que lui, le Cantemerle, j’en fait le tour par l’ancien pré et je constate qu’il est accessible par le sud bien qu’il demande quand même un petit effort d’escalade.
Il est envahi de ronces qui, je suppose, se sont accrochées
Je descend vers le hameau du Bouissas non sans avoir pris des clichés de l’ensembles des Viaducs avec en avant plan les maisons et son jardin potager encerclé par une acbracadabrantesque clôture anti-chevreuil !
Deux puits mal signalés captent la source qui alimente le hameau, le champ entre menthe et herbes hautes abritent une grande variété de papillons.
FIN de l’exploration.
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Qui a dit "il a le coeur aussi dûr et froid que la pierre"? non non non! d'abord la pierre a une âme et je vais vous en apporter la preuve !
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